Je prends mon élan, je donne un coup de pied, le plus grand que je n'ai jamais donné.
Je m'en fais mal à la cheville. La petite porte est presque cassée. Je suis dans un état de fureur. Un autre coup et je saurais... j'arrache de toutes mes forces la porte. Je crie, je pleure de nervosité. Je suis presque en transe, en démence. Pourquoi je ne connaissais pas l'existence de ce coffre ?
Bill a peur, je l'effraies, mais il reste là pour moi.
Je suis parvenue à ouvrir le coffre. Ma respiration est plus que saccadée. Je me suis tellement énervée, j'ai les larmes aux yeux, mal à la tête...
J'ose enfin regarder à l'intérieur. On n'est pas dans un film, pas d'argent, pas de bijoux, mais des papiers, des multitudes de papier et des montagnes de photos déchirées. Je sors le tout. Bill vient s'asseoir à coté de moi. Pour me sauver, il doit tout découvrir avec moi.
Oh mon dieu, tous ces secrets enfouis. Pourquoi me l'avoir toujours caché ? Elle dit que c'est pour me protéger ? Comment ose-t-elle ?
Je retrouve des photos de ma tante, je l'adorais, elle était comme une mère pour moi, plus que ma vraie mère.
J'explique la situation à Bill, comme je l'aimais, comme ma mère n'a jamais voulu que j'aille à son enterrement ; maintenant je comprends (en balançant tout contre le mur dans un acte de fureur et en criant) c'est parce que il y'en a jamais eu !!!!!!!
En effet, j'avais découvert que Ma tante n'est pas morte ; suite à son divorce avec mon salaud d'oncle qui la battait, elle a déménagé, loin, très loin, en nouvelle zélande. Voila pourquoi ce pays m'attire tant. Ma mère m'a toujours dit qu'elle était morte car elle sait, elle sait que j'aurais tout fait pour aller la rejoindre.
Je lis toutes les lettres qu'elle avait envoyées avec attention, avec amour. Elle décrit où elle habite exactement, comment est sa nouvelle vie, comment elle a gagné le procès contre son enflure de mari. A chaque lettre, elle dit à ma mère de m'embrasser bien fort de sa part...
Je fonds en pleurs. J'extériorise tout par mes larmes. Bill me prend dans ses bras, me berce comme son bébé. Sans me parler, il veut que je sente qu'il est là, que je peux compter sur lui quoi qu'il advienne. Je me jette littéralement dans ses bras, la tête posée dans le creux de son cou.
« Oh bill, j'en suis devenue folle
- (calmement) non ma puce, tu n'es pas folle, tu souffres, c'est dur, je le vois, mais je ne te laisserai pas souffrir, plus jamais »
Il ressert son étreinte. On est collées l'un à l'autre. Son tee shirt est trempé par mes pleurs.
Il y a une autre pile de papiers que je n'ai pas lu. Non je ne suis pas mazo mais on guérit le mal par le mal. Il faut tout que je sache pour me libérer. Que j'affronte.
Je regarde bill, je n'ai pas besoin de lui demander ; il reste près de moi.
-extraits d'acte de naissance..... 05/12/90
-faire-part de naissance de 2 petites filles
- extrait d'acte de mort 6 mois plus tard, le 05/06/91
Tout au nom de .... (Dans un souffle) Katarina O'Lympe.
Sur ce nom, une chose plus qu'étrange m'est... venue pour ainsi dire. Un flash, un blanc, des contours, je ne distingue pas très bien, c'est comme une vision floue. Un rappel refoulé de mon subconscient.
Je tremble durant tout ce que je vois.
2 bébés à l'arrière d'une voiture ; on avance doucement. Dérapage- fossé- coup violent- sang.
J'hurle d'un long cri effroyable. Je me suis dirigée sans le savoir et je vais tomber dans le vide par la fenêtre ouverte, attendant un suicide collectif passé. Des bruits de pas qui courent, 2 mains tremblantes qui s'agrippent à mon torse pour ramener. retour à la réalité!!! Bill me fait asseoir par terre, me prend la tête dans ses mains, me regarde profondément dans les yeux :
« Qu'est ce que tu as vu ? » Il a peur, et c'est normal.
Je ne réponds pas. Il ne comprend pas pourquoi.
Moi je comprends, je comprends désormais ce trou noir dans ma vie, ce vide, ce manque. Je me déteste. Pourquoi ce n'est pas moi qui suis morte à la place de... de... de ma (ce nom imprononçable) de ma jumelle. Je retrouve cet état de néant.
Je suis dans les bras de Bill, on reste comme ça adossés contre le mur un moment, puis il me regarde, je comprends que je dois lui dire, il ne le montre pas mais il est inquiet.
En 2-3 mots, je lui explique. Il peut me comprendre. Il sait ce que je ressens. Il s'imagine sans Tom, cette vue lui est insupportable.
A ce moment, c'est plus que de la simple compassion qu'il a pour moi. On se comprend tellement. Nous ne formons plus qu'un par ma douleur.
J'ai vécu ; avec ce secret meurtri au plus profond de mon c½ur !!!!!!!
Bill me porte jusqu'à mon lit. Il déplace le sien à coté du mien et s'allonge lui aussi.
Je me sens seule. Trop seule. Je me rapproche de bill, prends sa main, et la sers fort contre moi. Il se tourne face à moi et pose sa main libre sur mon dos en m'enlaçant avec son bras. Je pleure, ou plutôt, ce n'est pas moi qui décide de pleurer, mais je ne sais plus qui le veut, je ne sais plus qui je suis, ce que je fais, pourquoi je vis.
« Je n'ai plus rien
- ne dis pas ça
tu dois repartir, te reprendre
- a partir de quoi ?
- forge toi quelque chose, prends quelque chose pour te pousser
- je ne peux pas repartir, je n'ai plus rien, je n'ai pas de base
- je serais ta base... tu pourras poser tes mains sur moi (silence) je te le promets
(Pour les pervers, je précise, dans ce passage, y'a aucune connotations, aucune, rien de sexuel dans ce passage)
Bill, le seul qui soit encore apte à me donner envie de continuer à vivre...
Après un long moment :
Du bringst mich wieder zum leben“
tu me fais revivre)
Il me dit doucement un chut, puis il fredonne comme pour me bercer rette mich (sauve moi), spring nicht (saute pas), enfin je m'endors sur vergessene kinder (enfant de l'oubli, logiquement c'est enfant oublié mais je préfère enfant de l'oubli)
Il fait tout ça pour moi, rien que pour moi. Une petite larme coule, mais elle n'est pas de tristesse.
Bill : « cette larme, c'est ton diamant, préserve la »


